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Les Français, des réformistes infiniment méfiants

« Les citoyens ne demandent pas un de Gaulle, ils veulent simplement un « leadership » moins cynique, déterminé à servir plutôt qu’à se servir du pouvoir »

Analystes et hommes politiques se confortent mutuellement dans cette affirmation : les Français sont conservateurs et s’opposent à toute réforme. Si cet adage est vrai, comment expliquer que les deux candidats préférés des Français pour la présidentielle, Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal, proposent des voies assez radicales pour remédier aux maux de la société ? En effet, prendre pour argent comptant l’idée d’une résistance obstinée à tout changement masque une donnée tout aussi subrepticement présente : le désir de réforme.
 
Le « conservatisme » français, voilà l’explication favorite des hommes politiques car elle permet de rejeter sur la société la responsabilité de l’immobilisme. Si après douze ans de pouvoir chiraquien, les résultats sont si minces, la faute en incomberait au conservatisme français, pas au président. L’argument séduit même les médias, enclins à relayer, non sans une certaine paresse, la vision du monde colportée par les élites.
 
Car enfin, que dirait- on d’un chef d’entreprise expliquant ses mauvais résultats par les excès bureaucratiques de son entreprise ou par le conservatisme de ses cadres ? Que dirait- on si un professeur, démuni de talent pédagogique ou qui improviserait ses cours à la dernière minute, justifiait les mauvaises notes de ses étudiants par leur manque de concentration ? Si l’entière responsabilité résidait dans la société, le sort de tous les hommes politiques serait semblable. Or si, comme aime à le dire Jacques Chirac, la politique est un métier, il devient évident que, comme dans tous les métiers, il y a des bons et il y a des moins bons.
 
« La capacité de persuader est une arme infiniment plus efficace que les programmes grandioses et morts-nés »
 
Il serait toutefois téméraire de suggérer que la société française est unanime à demander des changements à tout prix. Tout en les souhaitant, elle a plutôt peur des changements, tout simplement parce qu’elle n’a pas confiance en ses dirigeants. Il suffit de regarder les sondages sur la classe politique. En général, elle ne jouit d’aucune crédibilité. Or, l’adhésion au changement est forcément fonction de la crédibilité de celui ou de celle qui les propose.
 
Les Français ne croient plus aux promesses grandioses. Ils ont été trop souvent déçus par les bonimenteurs. Le test, donc, pour les candidats à la présidentielle, sera très simple : qui est celui ou celle qui semblera non seulement tenir un langage de « vérité » , mais qui essayera de « faire quelque chose » ? Qui semblera différent, car crédité d’une force de persuasion et de conviction pour conduire les changements ? Il est facile d’élaborer des programmes. Les promesses abondent dans des meetings quand les candidats sont galvanisés par les foules. Mais il y a toujours ce que les Britanniques appellent « The morning after » , les lendemains de fête. Les politiques ont tendance à oublier que, pour les électeurs, les paroles prononcées dans l’euphorie du moment sont des engagements.
 
Dans la France d’aujourd’hui, après trente ans de désillusions, le défi d’un responsable politique, c’est d’être crédible lorsqu’il parle du changement. Pour le futur chef de l’État, la seule façon de gouverner sera de persuader. Richard Neustadt, un grand expert des présidences américaines, observait en 1960, dans un livre devenu la bible de Jack Kennedy, que le président des États-Unis ne possède qu’un seul pouvoir : le pouvoir de persuasion. La capacité de persuader est une arme infiniment plus efficace que les programmes grandioses et morts-nés.
 
Comment faire ? En France, on pourrait commencer par se délester de cette obsession pour les signes et les symboles d’appartenance au pouvoir qui laissent entendre que les élites polit iques seraient d’essence quasiment divine. J’ai toujours été fasciné par ce culte de l’apparence pratiqué par les dirigeants politiques français. Peut-être découlet- il de la tradition monarchique, mais pour une démocrat ie moderne, il est temps d’atterrir. Les dirigeants français cèdent trop facilement à la tentation de placer leur ego avant leur devoir.
 
Une seconde voie serait de préférer mettre en oeuvre quelques mesures utiles et concrètes plutôt que de singer la toute- puissance sur n’importe quel sujet. On s’éloignerait alors des petits jeux politiques ( punir mes ennemis, pousser mes amis), pour se concentrer sur le travail qui permet les vrais accomplissements pour le pays. Si Jacques Chirac avait passé plus de temps à réfléchir sur l’Europe ou sur les relations transatlantiques, il n’aurait pas connu les échecs déplorables dans son « domaine réservé » .
 
Enfin, il faut affronter la réalité. À quoi bon proclamer un principe, l’égalité ou l’intégration, si tout débat sur son amélioration est interdit ? Ce dédain pour les faits se traduit en un manque de respect pour les citoyens. Il a empêché un débat indispensable, et par la suite, a entravé l’aptitude à introduire des réformes. On ne fera pas croire aux gens que, lorsque la réalité et les principes s’opposent, c’est toujours la faute de la réalité.
 
Reste que la crédibilité d’un candidat se forge dans un parcours, dans la cohérence de long terme de ses propos, dans une personnalité et une force de conviction. Elle se construira aussi, surtout dans une société civile de défiance qui jauge par médias interposés le cynisme de ses dirigeants, par ce qui est perçu de son adhésion à une morale publique, à une certaine éthique dans la conduite des affaires. Le président qui sera élu en 2007 devra montrer que les dirigeants ( « La France d’en haut » , dirait Jean-Pierre Raffarin) sont soumis aux mêmes exigences, aux mêmes sacrifices que les autres citoyens.
 
Les Français ne demandent ni un de Gaulle ni un Roosevelt ni un Churchill. Ils veulent simplement un « leadership » moins cynique, déterminé à servir plutôt qu’à se servir du pouvoir.
 
 
Ezra Suleiman est professeur de science-politique a Princeton University
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