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Le foot, industrie sans frontières

Avec le Mondial 2006 on constate à nouveau que le football est le sport le plus populaire de la planète ; c'est aussi la profession la plus mondialisée. Il serait inconcevable que des médecins, des informaticiens, des "cols bleus" ou des employés de banque brésiliens, camerounais ou japonais passent d'un pays à un autre comme le font les joueurs de foot.

Le club londonien Arsenal est intégralement composé d'étrangers. Même les rôles de capitaine ne sont plus réservés aux joueurs nationaux : Thierry Henry est capitaine d'Arsenal, Andreï Chevtchenko, ukrainien, a souvent été le capitaine du Milan AC et jouera l'année prochaine avec le club champion d'Angleterre Chelsea. Des dizaines de Sud-Américains et d'Africains jouent dans des clubs russes, turcs, polonais...

Le football donne un aperçu de la manière dont la vraie mondialisation du travail pourrait fonctionner. Longtemps, dans le foot, une réglementation interdisait aux clubs de faire jouer plus de deux joueurs étrangers à chaque match. L'arrêt Bosman, du nom d'un joueur belge qui a défié avec succès cette réglementation, a tout changé à partir de 1996. Les clubs les plus riches d'Europe ont conquis la liberté de recruter les meilleurs joueurs, quelle que soit leur origine.

Quand l'offre et la demande jouent à l'échelle mondiale, on assiste à une concentration des talents et à des succès. Considérons le nombre de clubs qui se sont qualifiés parmi les huit meilleurs de la Ligue des champions européenne. Entre 1967 et 1986, le nombre d'équipes différentes qui se qualifiaient pour les quarts de finale variait entre 28 et 30. Au cours des dix ans qui ont suivi, ce chiffre tombe à 26, et lors de la période la plus récente (2000-2004), il n'y en a eu que 21. La conclusion est simple : de moins en moins de clubs accèdent à l'élite européenne.

Il en va de même pour les championnats nationaux. Depuis le lancement de la Premier League anglaise en 1992, tous les titres à l'exception d'un seul ont été remportés par Manchester United, Arsenal ou Chelsea. En Italie, depuis 1991, tous les trophées de première division, sauf deux, ont été remportés soit par la Juventus soit par le Milan AC. En Espagne, depuis 1985 trois championnats seulement n'ont pas été gagnés soit par le Real Madrid, soit par Barcelone.

La raison de cette concentration au sommet est évidente : les clubs les plus riches sont désormais capables d'attirer les meilleurs joueurs du monde. Et cela s'est accompagné d'une amélioration de la qualité de jeu, due à ce que les économistes appellent un "rendement d'échelle croissant". Lorsque les meilleurs joueurs évoluent ensemble, la qualité de chacun, et de toute l'équipe, augmente de façon exponentielle. Lorsque Ronaldinho et Messi, ou Kaka et Chevtchenko jouent ensemble, leur "production" globale (le nombre de buts) est supérieure à la somme des buts que chacun marquerait s'il jouait dans un club différent avec des joueurs moins talentueux.

La libre circulation des travailleurs dans d'autres secteurs produirait sans doute le même résultat. Si des médecins, des informaticiens ou des ingénieurs (sans parler des légendaires plombiers polonais !) étaient autorisés à se déplacer librement, la concentration de talents dans les pays les plus riches serait susceptible d'augmenter. L'inégalité dans la distribution des talents entre pays serait plus grande, mais la production totale des biens et des services dans le monde, ainsi que leur qualité moyenne, augmenterait, comme dans le cas du football aujourd'hui. Les pays plus pauvres ou plus petits ne peuvent plus imaginer remporter un championnat européen, comme ce fut autrefois le cas pour Steaua (Roumanie), Red Star (Serbie) ou Nottingham Forest (aujourd'hui en train de languir en troisième division anglaise).

Mais alors que les inégalités se creusent entre clubs, l'inverse se vérifie quand ce sont des équipes nationales qui s'affrontent. La marge moyenne de victoire parmi les huit meilleures équipes nationales de la Coupe du monde n'a fait que décroître, passant de plus de 2 buts dans les années 1950 à environ 1,5 but dans les années 1960, 1970 et 1980, et à seulement 0,88 but pour la Coupe du monde de 2002.

C'est vrai aussi pour tous les matches de finale, et pas seulement ceux entre les huit meilleures équipes nationales. La diminution des marges de victoire est d'autant plus impressionnante que la Coupe du monde est passée de 16 à 32 équipes nationales, dont beaucoup sont nouvelles et plutôt inexpérimentées. Curieusement, elles ne se font pas écraser par les équipes vedettes. Au contraire, les huit meilleures équipes des quatre dernières Coupes du monde comprenaient des "nouvelles venues" qui ne s'étaient jamais qualifiées en quarts de finale auparavant, comme la Turquie et la Corée du Sud en 2002.

Cela s'explique. Tout d'abord, la libre circulation signifie que les bons joueurs issus d'équipes nationales de second plan s'améliorent bien plus qu'ils ne l'auraient fait s'ils étaient restés chez eux. Un bon joueur danois ou bulgare s'améliore bien plus vite s'il rejoint Manchester United ou Barcelone. Ensuite, cette amélioration de la qualité est "captée" par les équipes nationales grâce à la règle de la FIFA, qui demande que les joueurs ne jouent que pour leur équipe nationale. Eto'o peut jouer pour n'importe quel club espagnol, italien ou anglais, mais dans le cadre de compétitions entre nations, il ne peut jouer que pour le Cameroun. En d'autres termes, la FIFA a introduit une règle institutionnelle qui permet aux petits pays (dans le sens footballistique) de capter certains des bénéfices du jeu de haute qualité d'aujourd'hui, inversant en partie le processus de "fuite des jambes."

La même règle pourrait s'appliquer à d'autres activités. La libre circulation des travailleurs qualifiés pourrait s'accompagner de conditions internationales qui exigeraient, par exemple, que les émigrants des pays pauvres travaillent au moins un an sur cinq dans leur pays d'origine. Le monde devrait tirer des leçons de la Coupe du monde. Traduit de l'anglais par Bérengère Vienno

© Project Syndicate, 2006.

Branko Milanovic est économiste à la Fondation Carnegie pour la paix internationale.

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